65 jours.

65 jours.
C’est rien ça, 65 jours dans la vie d’un chien. Rien dans la vie d’un humain.
A peine plus de deux mois. Une respiration dans le cours d’une vie.

Mais ces 65 jours là, ils ont compté.
Du premier « pouic », le 22 mai à 3h15, qui nous a sorti du lit, émerveillées et fébriles, au dernier bisou, le 27 juillet, tremblantes, le cœur gros mais satisfaites du chemin accompli.

D’abord, l’émerveillement.11330002_10206699242427483_9048374133448048778_n

Je pensais que je serais stressée, que j’aurais peur… Mais ça ne s’est pas passé comme ça. J’étais submergée par ma joie, mon admiration pour ma Lalou, si forte, si calme, si appliquée. J’étais transportée par ces premiers cris, ces « pouic » inoubliables, la magie de la poche qui se déchire et laisse émerger un nouvel être au monde.

Bien sûr, au bout de 7h de naissances et 9 chiots, j’étais fatiguée.
Mais à ce moment là, la fatigue n’est rien qu’un effet secondaire n’égratignant que peu l’euphorie de l’instant.

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Ils étaient nés. Voilà mon rêve devenu réalité, ce « plan » que j’avais en tête depuis qu’Ayla était née. J’avais participé, apporté ma pierre à l’édification complexe d’une race en devenir.
Il restait à le faire bien.

C’est compliqué de décrire les sentiments qui naissent en soi lorsqu’on tient dans ses mains une « patate aveugle » qui respire, qui fait des petits bruits et qu’on va apprendre à connaître durant les quelques courtes semaines qui nous sont offertes, à nous éleveurs, pour éveiller ces êtres à la beauté du monde.
Mais croyez moi, ces sentiments sont forts, et vraiment beaux.

Et cette joie idiote quand le chiot tête enfin au biberon…

Petit à petit, les patates deviennent des chiots. Les yeux et les oreilles s’ouvrent au monde. Petit à petit j’arrête d’appeler constamment mes ami(e)s éleveur-ses et je me fais à ma nouvelle normalité. 11267434_10206885722449367_666749111328584133_n

Les chiots ne le savent pas encore, mais ils ont déjà fait la connaissance de celui qui deviendra « tonton Merlin ». Merlin qui a été exemplaire d’un bout à l’autre, tout chiot qu’il est aussi.
Des humains sont déjà venus les voir. Pas beaucoup, mais quelque uns. D’ailleurs, certains leur ont donné le biberon. Déjà, leur monde s’agrandit.

Le nôtre rétrécit. Rongé par le leur, mais dans leur monde, à travers eux, nous nous épanouissons. Nous apprenons toutes leurs premières fois et les vivons avec eux, du mieux de ce que notre humanité nous le permet.

Nous dormons moins, nous nettoyons/rangeons beaucoup. Nous nous levons au moindre couinement, nous sommes en alerte. Il y a toujours au moins un chiot avec nous. C’est plus que du temps plein, mais les instants de grâce sont inestimables.

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Nous nous en doutions sans vraiment le comprendre, mais durant ces 65 jours, toute notre vie a tourné autour des chiots. Ils ont rythmé chaque heure, chaque action, chaque décision.
Ils ont laissé une trace indélébile ici, et pas seulement en ravageant le jardin.

Ils y a, après les premiers pas, les premiers jeux. Les fous-rires.
Et Ayla qui a de la fièvre.
La mammite et l’obligation de sevrer les chiots, à même pas trois semaines.
Mais tout se passe bien, et Ayla peut rester avec ses bébés.

D’ailleurs, il est déjà temps de leur faire découvrir le monde extérieur. Petit à petit, jour après jours ils y passent de plus en plus de temps. Et quand leur petit enclos est prêt et qu’ils sont à l’aise, le ratio « temps dehors, temps dedans » s’inverse.
Tellement dur au début, est-ce qu’ils vont bien? Est-ce qu’ils ont froid? Est-ce qu’ils ont peur? Est-ce que c’est un chiot que je viens d’entendre?
Et à la fois reposant, enfin, on peut dormir, 5h d’affilé!10156082_10153424117434429_3972038422394476820_n

Evidemment, ils ne sont pas « laissés à l’abandon » dehors. Ils rentrent, à un, deux ou trois, et nous passons du temps dehors. Nous, et tous les autres qui sont venus les rencontrer. Humains et chiens. Merci à vous. Merci de les avoir aimer, pour quelques heures ou toute la vie. Merci à vous de nous avoir aidé à leur apprendre que le monde est rempli de douceur, d’amour et de jeux.

Les chiots ont un mois, 5 semaines, et il est temps de faire les attributions. Jeu délicat que de déterminer qui sera le mieux avec quelle famille. Mais après deux jours de réflexion, c’est fait. Je suis contente!
Tout le monde ne l’est pas et quelques semaines plus tard, un des adoptants décidera de ne pas prendre le chiot qui lui avait été attribué. Elle ira rendre des gens heureux ailleurs, c’est tout.

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Les chiots sont déjà grands. Nous travaillons forts à ce que tous, ils nous aiment, nous, les humains. Même le petit Vérité qui préfère dormir à l’ombre.
Et, je pense que ça marche.

 Les semaines passent, les jeux évoluent, les nouvelles expériences aussi. Certains partent visiter mes parents, ou encore à la rivière. Feu de bois et vaguelettes. La vie est belle même s’il faut vomir en voiture.

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Et voilà que déjà ils partent. On se retient de pleurer jusqu’à ce que les adoptants aient passé le mur. Puis c’est l’ouverture des vannes, le barrage qui se rompt, les grandes eaux, un vrai chagrin.
Pourtant, on pense qu’ils seront heureux, tous.
On pense qu’ils seront aimés.
On pense qu’ils auront des vies géniales.

Mais ce n’est pas le cerveau qui pleure.

Ma Marmaille, mes petits, mes bébés chiens d’amour… Mes petits tamaskans. Je voulais vous remercier, chacun d’entre vous, pour toute la joie que vous nous avez offert.
Je vous ai aimé, tous. Chacun d’entre vous, à chaque seconde.
Oui, même à minuit ce soir-là où vous aviez tous la diarrhée à l’intérieur suite au vermifuge.
Nous vous avons aimé. Et nous vous aimons.

Merci à vos humains d’adoption pour toute la joie qu’ils vous apporteront.
Merci à vous d’égayer leur vie.

Et bonne route.

(A bientôt)

« Buckkeep Castle’s Litter » – Tribute to Robin Hobb

Posted by Le Lignage on lundi 11 mai 2015

 

 

 

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